Cette semaine j'ai eu l'impression de sortir du temps ordinaire, celui qui scandale les minutes. J'ai eu l'impression, l'espace d'une seconde, d'entrer dans une autre dimension comme un effet de ralenti... où la durée et le mouvement n'ont presque pas cours.

Un instant s'est figé quand nous avons croisé le regard d'une petite fille. Une fille au yeux bleus océan, le même bleu que celui de son ballon arc en ciel qu'elle tenait entre ses bras. Autour d'elle... de l'eau, des bateaux, un port, des personnes, des tentes... des centaines et des centaines de personnes et de tentes.

Il est 11h34 du matin... nous sommes le 10 avril 2016 dans le campement provisoire du port de Pirée, Athènes. Un camp de réfugiés qui a des allures d'improvisation.

Malgré le bruit des bateaux de croisières, des gens qui chantent essayant de figer le temps et d'oublier, du camion poubelle qui devra certainement réaliser 6 voyages de plus au vue des déchets qui, ici, s'accumulent. Malgré le cri des enfants jouant à trappe-trappe et des volontaires aux vestes jaunes fluo annonçant l'arrivée de nouveaux vêtements et du repas...

Je n'entends pas ces bruits... ou je les entends tous à la fois... je ne sais pas, je ne sais plus... je suis ailleurs... je ne sens même plus l'odeur lourde qui pèse dans l'air, comme ci le temps s'est arrêté. 

Nous rendons le sourire que cette fille nous as donné... nous nous approchons ayant le privilège de pouvoir entamer une "drôle" de conversation. La communication n'est pas des plus facile, mais au fil des secondes même si nous ne parlons pas la même langue, les regards et les sourires se délient. Nous utilisons l'application "Jules Apprends" pour aller plus loin... définitivement le visuel est un language universel. Nous découvrons qu'elle a 5 ans. Elle s'appelle Gaïa. 

Gaïa vient de Syrie... je n'ai aucune idée de ce qu'elle a du vivre pour arriver en Grèce, mais j'imagine. C'est curieux car étymologiquement son nom, est le nom d'une déesse grecque qui symbolise la terre nourricière, celle d'où provient la vie... Je doute que se soit... un fabuleux destin qui a poussé Gaïa à fouir son pays pour atterrir dans le port du Pirée, un court miracle, avant de poursuivre son périple... (j'ai appris ce matin que le camps a été aujourd'hui délogé), avant de poursuivre son périple, je ne sais où... avec les plus de 3000 naufragés qui ne savent plus où aller.

Nous échangeons des frappes respectives, c'est plein de vie et d'énergie que son ballon arc en ciel se déplace sur la place centrale, comme un rayon de couleur qui éclaire cette montagne, ce paysage de tentes. 

Pendant ce temps là... sans nous en rendre compte, le temps court... lui aussi prend la fuite!

Et vient donc, en conclusion, le temps des aurevoirs...

Gaïa nous "re-sourie"... d'un sourire plus intense que le premier qu'elle nous a offert... ses yeux bleus brillent. Nous lui rendons ce sourire, heureuses et tristes à la fois. Je ne les voient pas... mais je suis sûre que mes yeux brillent autant que les siens. 

Avant de reprendre ma route, avant de la quitter définitivement, je lui demande intérieurement... Gaïa, tu sais ce qui est plus fort que la peur, la colère et la tristesse réunies?
L'espoir... C'est l'espoir qui est le plus fort! 

Nous nous retournons... et devant nous, les gestes qui demeuraient en suspens il y a quelques secondes... reprennent leurs rythmes, leurs courses folles... le manège du monde continue à tourbillonner...

 

Sans voir, sans même apercevoir. 

Il y a trois jours... j'ai eu la chance de vivre une parenthèse terrible et enchantée à la fois. Merci Gaïa!

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